// 27.10.2016 // 0 commentaire

Les Africains victimes d’un air de plus en plus malsain

BOOM URBAIN. En 1990, 181 291 africains décédaient prématurément de la pollution extérieure par les particules fines. Ils étaient 246 403 en 2013. La pollution de l’air intérieur faisait 396 093 morts prématurés en 1990, ils étaient 466 079 en 2013. Ces résultats que vient de publier l’OCDE dévoilent un phénomène qui n’avait fait l'objet jusqu’ici d'aucune évaluation. Le continent africain était le dernier à n’avoir pas mesuré les effets de la pollution atmosphérique sur la population, au contraire de l’Asie où la dégradation massive de l’air est en revanche désormais bien connue.

« Ce n’est pas une surprise de constater qu’entre 1990 et aujourd’hui, et sur les périodes intermédiaire de cinq ans, le poids de la mortalité par la pollution de l’air en Afrique a grimpé en corrélation avec la croissance de la population urbaine », pointe le rapport. En un quart de siècle, les villes africaines sont passées de 196 millions à 466 millions d’habitants, soit une augmentation de 20% tous les cinq ans. Dans les mêmes intervalles, la mortalité par les particules fines et les hydrocarbures a cru de 5,3% entre 1990 et 1995 pour s’accélérer à 8,3% entre 2010 et 2015.

Des sources de pollution multiples

La situation africaine est bien plus complexe que dans le reste du monde, et singulièrement des pays développés. Dans les métropoles occidentales, la principale source de pollution reste le trafic automobile qui intervient dans la moitié des morts attribuables à l’air pollué. Dans les villes africaines, cette source est exacerbée par le fait que les pots catalytiques sont absents des véhicules, que les modèles sont plus anciens et les carburants de moins bonne qualité (l’essence n’est plus plombée en Afrique que depuis 2006) et que les infrastructures routières sont insuffisantes pour écouler le trafic. Ces émissions se combinent avec des entités industrielles peu équipées en système de lavage de fumée, des millions de générateurs au diesel qui pallient les insuffisances de la distribution électrique et la combustion des déchets entassés dans des décharges à ciel ouvert. Dans les bidonvilles, la principale source de cuisson des aliments est par ailleurs le charbon de bois dans des foyers ouverts, principale source de pollution de l’air intérieur. La situation est enfin compliquée par des sources naturelles très émettrices comme le désert du Sahara, grand pourvoyeur de micro poussières d’Afrique du Nord à l’Afrique sub-saharienne.

L’OCDE note que ce problème de santé publique s’ajoute à des fardeaux sanitaires qui n’ont pas encore été résolus comme l’accès à l’eau potable, l’assainissement des eaux usées, la malnutrition qui restent des problèmes majeurs dans 28 des 54 pays africains. Si sur ces sujets, des progrès ont été accomplis, ce n’est pas le cas en matière de pollution de l’air où le problème s’aggrave. «L’Afrique ne pourra pas se focaliser sur le nouveau risque de pollution par les particules si des sujets anciens comme la sous-alimentation des enfants, avec ses 275 000 morts en 2013, n’ont pas été réglé », note le rapport. L’accélération de l’urbanisation ne devrait pas arranger les choses. L’Afrique devrait en effet passer de 1,2 milliard d’habitants actuellement à 2,5 milliards en 2050 et 4,4 milliards en 2100 où le continent pèsera 40% de la population mondiale. Au total, l’OCDE estime que la pollution de l’air coûte tous les ans 200 milliards d’euros aux pays africains.

L’OCDE prévient : la pollution de l’air en Afrique n’est pas un problème qui concerne les seuls Africains. Outre que les émissions passent les frontières, l’organisme note que ces rejets massifs de suies et de carbone ont un effet sur le réchauffement climatique. «Le CO2 n’est pas que le seul gaz à effet de serre émis, précise le rapport. Le méthane, le carbone noir (les suies) et les hydrofluorocarbones réchauffent également la planète ».



Source:Sciencesetavenir.fr
lien source:http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/pollution/la-pollution-de-l-air-en-afrique-tue-des-milliers-d-urbains-selon-une-etude-de-l-ocde_107669

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