// 30.05.2017 // 0 commentaire

Le docteur Tedros devient le premier Africain à prendre la tête de l’OMS

Ce sera donc Tedros. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), réunie à Genève pour sa 70e assemblée annuelle, a désigné, mardi 23 mai, comme directeur général (DG) pour les cinq prochaines années le candidat présenté par l’Ethiopie. L’élection qui, pour la première fois, se déroulait à bulletins secrets, a nécessité trois tours. Elle a donné lieu à une véritable compétition entre les candidats, obligés de présenter un programme.

Spécialiste du paludisme, titulaire d’un doctorat de l’université de Notthingham en Angleterre, Tedros Adhanom Ghebreyesus, 52 ans, qui fut également ministre de la santé de l’Ethiopie en 2005 puis des affaires étrangères (2012-2016) a obtenu une large majorité, avec 133 voix. Le Britannique David Nabarro, qui était resté en lice, a obtenu 50 voix. Arrivée troisième, la candidate pakistanaise Sania Nishtar avait été éliminée à l’issue du premier tour. 186 Etats membres à jour de leur cotisation ont participé au vote. Le docteur Tedros prendra ses fonctions le 1er juillet, succédant au docteur Margaret Chan, qui a accompli deux mandats.

L’éthiopien est parvenu à esquiver une controverse de dernière minute, quand un conseiller de son rival britannique l’a accusé, dans un entretien dans le New York Times, d’avoir dissimulé trois épidémies de choléra quand il était ministre de la santé.

Ce n’est pas une mince tâche qui l’attend… L’OMS, qui est l’organisation des Nations unies spécialisée en santé, souffre de plusieurs maux et a été sous le feu de la critique ces dernières années, notamment à cause de la gestion de la pandémie de grippe A (H1N1) de 2009-2010, et surtout de celle d’Ebola de 2014-2106 qui a fait plus de 11 000 morts, principalement en Afrique de l’Ouest.

Premier Africain à diriger l’institution, le docteur Tedros prend la tête d’une organisation qui emploie plus de 7 000 personnes de plus de 150 nationalités dans 150 bureaux de pays, zones ou territoires, 6 bureaux régionaux et au siège situé à Genève (Suisse).

Cinq promesses

Dans son intervention avant le scrutin, Tedros a formulé cinq promesses qui devraient donner le ton de son mandat. La première est de travailler sans relâche à la mise en place d’une couverture santé universelle : « Ce sera le centre de gravité de notre activité. C’est une question d’engagement politique. Il existe plusieurs options pour y parvenir. L’important c’est que les Etats y parviennent. »

Renforcer les capacités des pays à répondre en urgence aux épidémies est la deuxième promesse, a indiqué Tedros, en rappelant qu’il l’avait fait pour son propre pays. Troisième engagement : développer les systèmes de santé locaux, pour les soins de première ligne, le recueil des données, mais aussi la lutte contre les maladies non transmissibles, en agissant sur les déterminants sociaux de la santé et contre la résistance aux antimicrobiens, qui nécessite « une stratégie plus agile ».

Le nouveau DG n’a pas oublié les personnels de l’institution pour sa quatrième promesse, dont il veut stimuler l’état d’état d’esprit « pour faire de l’OMS une organisation de classe mondiale ».

De nombreux défis

Enfin, dernière assurance donnée, celle de procédures financières et d’évaluation des programmes plus rigoureuses : « Sous ma direction, l’OMS sera comptable de ses actes et sera transparente, à la recherche d’une amélioration continue. »

Reste que Tedros aura à relever de nombreux défis. D’abord, rétablir un équilibre dans le budget où les cotisations régulières des Etats ne représentent plus que 20 %, face aux 80 % des donateurs volontaires d’acteurs étatiques ou privés, notamment la fondation Bill et Melinda Gates qui décident des programmes financés. De même, il faudra résister à l’influence des industriels, de la pharmacie, comme de l’agro-alimentaire pour lutter contre les maladies non transmissibles, comme il a fallu le faire contre les fabricants de tabac.

Enfin, le nouveau DG renforcera-t-il l’action de l’OMS pour réduire l’inadéquation entre la recherche et développement sur les médicaments, vaccins et tests, et les besoins de santé sur l’ensemble du globe ? Le bilan esquissé par Médecins sans frontières à l’occasion de cette 70e assemblée montre une OMS souvent en retrait sur les questions de propriété intellectuelle et d’attitude à l’égard de l’industrie pharmaceutique.



Source:www.lemonde.fr
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