// 28.12.2016 // 0 commentaire

Ebola : un premier vaccin "jusqu'à 100%" efficace

VACCIN. La prochaine épidémie d'Ebola n'aura qu'à bien se tenir : les derniers résultats des essais cliniques pour un vaccin contre cette fièvre hémorragique ont été publiés, et ils sont excellents. D’après les résultats publiés aujourd’hui dans The Lancet, le vaccin baptisé rVSV-ZEBOV s’est révélé hautement protecteur contre ce virus mortel, dans le cadre d’un essai clinique de grande ampleur réalisé en Guinée. L'un des trois pays les plus touchés par l'épidémie en Afrique de l'Ouest et qui a fait 11.000 morts entre 2013 et 2016.

 

"S'il y avait un cas d'Ebola et une nouvelle épidémie, nous sommes maintenant prêts à y répondre" - Dr Marie-Paule Kieny

Dirigé par l'Organisation mondiale de la santé, cet essai réalisé selon un protocole extrêmement solide (randomisé et en double aveugle) a été mené durant l'année 2015 auprès de 11.841 personnes. Ainsi, parmi les près de 6.000 volontaires ayant reçu le vaccin, aucun cas d’Ebola n’a été enregistré 10 jours ou plus après la vaccination, et ce même après avoir été en contact avec des malades. En comparaison, on a relevé 23 cas 10 jours ou plus après la vaccination chez les personnes n’ayant pas reçu ce vaccin. Des résultats qui "suggèrent fortement que le vaccin est très efficace et pourrait avoir une efficacité jusqu'à 100%", a déclaré le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation et principale responsable de l’étude. Ce qui confirme donc des résultats préliminaires publiés en 2015"Si ces résultats convaincants arrivent trop tard pour ceux qui ont déjà perdu la vie dans l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest, ils montrent que face à la prochaine flambée de cette maladie, nous ne serons pas sans défense", indique le Dr Kieny. Son équipe de chercheurs a en effet calculé qu'en cas de pleine épidémie, il y a 90% de chances que le vaccin soit à plus de 80% efficace. "S'il y avait un cas d'Ebola et une nouvelle épidémie, nous serions maintenant prêts à y répondre", a ajouté la chercheuse.

Désormais, le vaccin, dont le laboratoire américain Merck a acquis les droits de commercialisation, pourrait être enregistré en 2018, après soumission du dossier aux autorités américaines (FDA) et européennes (EMA). Le processus d'approbation standard est habituellement d'une décennie, voire plus, a rappelé le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l'OMS.

Comment fonctionne le vaccin ?

Quelle stratégie a-t-elle été utilisée pour venir à bout de la résistance du virus ? Le VSV-ZEBOV a été conçu à partir d'un autre virus, celui de la stomatite vésiculaire (VSV) qui a été utilisé par les chercheurs pour sa capacité à stimuler le système immunitaire d’une personne sans pour autant la mettre en danger. 

Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir (Crédit : OMS/Université de Genève/Hôpitaux universitaire de Genève)

Pour entrer dans les cellules humaines, Ebola possède une clé : les protéines GP réparties à la surface de la capside qui enveloppe l'information génétique du virus. L'idée des chercheurs a donc été de faire produire par l'organisme des anticorps contre ces protéines. Ils ont ainsi récupéré le gène de la protéine GP dans le virus Ebola, avant de le transférer sur le virus VSV, en remplacement d’un gène correspondant.  Alors pourvu de ces fameuses protéines, le VSV injecté à un individu va être rapidement combattu par le système immunitaire. Lequel va développer des anticorps spécifiques aux protéines GP. De cette façon, lorsque le virus Ebola entre en contact avec l'individu vacciné, il est neutralisé avant de pouvoir pénétrer les cellules. La clé du virus ne fonctionne plus pour la simple et bonne raison que le vaccin a, en quelque sorte, changé les serrures.

Reste des inconnues...

"Avec le vaccin Merck, la protection intervient très tôt après la vaccination, mais nous ne savons pas si la protection durera encore six mois après", explique le Dr Kieny. Il faudra aussi étudier la survenue d'effets indésirables graves relevés chez trois personnes (une réaction fébrile, une réaction allergique et un syndrome grippal). Des effets néanmoins temporaires qui n'ont pas empêché le rétablissement des trois personnes. Enfin, il reste à déterminer la sécurité du vaccin pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 ans.

"Finalement au bout de 40 ans, il semble que nous ayons maintenant un vaccin efficace contre la maladie Ebola", commente un scientifique américain indépendant, Thomas Beisbert, dans la revue médicale The Lancet. C'est en effet le premier vaccin anti-Ebola démontrant une telle efficacité sur le terrain. Mais d'autres sont néanmoins nécessaires, notamment pour les soignants en s'assurant qu'ils offriront une protection de longue durée. Plusieurs sont en développement.

En cas de flambée d'Ebola, avant la commercialisation du vaccin, 300.000 doses d'urgence, grâce à un accord entre l'Alliance pour les Vaccins-GAVI et Merck, pourraient être livrées, et le nombre de doses pourrait atteindre assez rapidement le million. 



Source:Sciencesetavenir.fr
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