// 08.02.2017 // 0 commentaire

Cancer: la prévention monte au front pour enrayer la maladie

Des enfants jouent avec des polypes, le 3 avril 2010 à Lyon, dans une maquette géante d'intestin pour le sensibiliser au dépistage du cancer colorectal-AFP/Archives/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Parent pauvre de la lutte contre le cancer, la prévention est pourtant le maillon essentiel pour enrayer l'explosion attendue du nombre de cas dans le monde, plaident les spécialistes, à l'occasion de la journée mondiale contre cette maladie, organisée samedi.

Chaque année, 14 millions de nouveaux cas de cancers sont détectés dans le monde, et ce nombre devrait bondir de 70% au cours des 20 prochaines années, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Or près des deux tiers des nouveaux cas surviennent en Afrique, en Asie et en Amérique latine, et "dans le même temps, le coût des traitements du cancer s'envole", souligne Christopher Wild, directeur du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence pour le cancer de l'OMS.

"Il n'est pas réaliste de penser résoudre le problème du cancer par les traitements" uniquement, ajoute-t-il.

En matière de prévention, "le retour sur investissement ne viendra que dans 10, 20, 30 ans", c'est "difficile à faire admettre dans un contexte économique tendu", reconnaît Béatrice Fervers, du Centre anti-cancer Léon-Bérard (Lyon).

Le jeu en vaut pourtant la chandelle car au moins un tiers des cancers dans le monde sont "évitables", selon l'OMS, et 40% en France.

Le tabac, qui "va tuer 1 milliard de personnes dans le monde au 21e siècle", dont 100 millions en Chine, reste l'ennemi numéro un, pour Thierry Philip, président de l'Institut Curie. Or si tous les jeunes de moins de 20 ans arrêtaient de fumer, on réduirait ce bilan "de moitié".

De nombreux autres facteurs de risques sont aujourd'hui bien connus (alcool, sédentarité, rayons UV...) et la recherche progresse sur les facteurs environnementaux et les prédispositions génétiques du cancer.

Pour la pollution de l'air, il est "très difficile d'attribuer la survenue d'une maladie à la pollution" au niveau individuel, souligne Marcel Goldberg, épidémiologiste à l'Inserm, dont l'équipe travaille à mesurer plus précisément l'exposition aux polluants atmosphériques.

- "Adapter le message" -

Une fois ces facteurs établis, reste à les faire connaître du grand public et à les traduire en "politiques efficaces", ce qui ne va pas de soi, note le Dr Wild.

Les gens "ont tendance à surévaluer l'effet de la génétique et de l'environnement, et ils sous-évaluent le rôle du tabac, de l'alcool, de l'alimentation", souligne Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins de l'Institut national français du cancer (INCa).

Pour être "audible", il ne faut pas de recommandations "trop contraignantes", comme la fixation d'un objectif de consommation nulle d'alcool, ajoute la Pr Fervers.

"On a beaucoup mis l'accent sur le changement des comportements individuels", mais il faut parfois "des décisions politiques" pour que les choses changent vraiment, observe aussi le Dr Wild, citant l'interdiction de la publicité pour le tabac ou les taxes sur les boissons sucrées.

"Il serait très naïf de penser que la publicité n'influence pas nos choix. Nous ne prenons pas des décisions dans le vide", répond-il à ceux qui évoquent la "liberté individuelle".

Il rappelle aussi l'importance de choisir le bon mode d'action. Ainsi, pour enrayer le cancer du col de l'utérus dans les pays où une surveillance médicale régulière est impossible, le CIRC privilégie les campagnes de vaccination, qui permettent de protéger les petites filles de futures lésions précancéreuses en seulement deux injections, et peut-être bientôt une seule.

Alors que l'on survit de plus en plus au cancer, l'attention se porte aussi davantage sur les séquelles à long terme des traitements (notamment cardiovasculaires) et sur la prévention des nouveaux cancers chez les patients guéris.

D'où l'importance du suivi post-thérapeutique à long terme, encore trop négligé, et de la sensibilisation de ces personnes, impatientes de retrouver une vie normale mais qui devront garder en tête que le risque d'un nouveau cancer restera plus important pour eux, souligne la Pr Fervers.

L'arrêt du tabac et l'activité physique sont notamment clé pour réduire ce risque, tout comme celui d'une récidive, même si rompre avec la sédentarité n'est pas évident après la fatigue du traitement, reconnaît-elle.

 



Source:Sciencesetavenir.fr
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